Son patron, c’est le client.
Le fait est généralement peu mis en valeur. Les artisans, les commerçants, les agriculteurs, les pêcheurs, les professions libérales et plus généralement tous ceux qui ne sont pas salariés passent un nombre d’heures au travail supérieur à celui des salariés : environ 25% en plus.
Ils sont, dit-on, leur propre patron. L’expression n’est pas exacte. Certes, un contrat de travail et un lien de subordination ne les relient pas à un employeur. Mais ils ont eux-mêmes un « patron » : c’est le client.
Alain Bourrel, artisan Bâtiment-Travaux d’agencement, en sait quelque chose.
Sa vie professionnelle débute en 1978 chez Alcatel-CIT, comme électromécanicien en région parisienne. Pendant seize années, il œuvre sur de nombreux chantiers, notamment à Paris pour installer l’immense central téléphonique sous le jardin des Tuileries, à Vélizy et aussi en Bretagne, à Lannion tout spécialement. Parmi ses derniers chantiers se trouvent Granville et Avranches. Il vit les évolutions technologiques (passage de l’électromécanique à l’électronique) et les difficultés de l’entreprise.
En 1994, changement de vie. A La Haye-Pesnel, avec son épouse, il reprend et tient un restaurant pendant quinze années, jusqu’en 2010.
Une nouvelle aventure s’ouvre alors à lui, après avoir acquis les compétences et les diplômes nécessaires. Il s’installe comme artisan. L’entreprise coordonne et réalise tous les travaux nécessaires à la construction d’une maison, de la menuiserie à l’électricité et la plomberie. Un bel atelier de 500 mètres carrés avec cinq salariés est à Cérences, les bureaux sont à Bricqueville sur mer.
Si l’un de ses enfants est aujourd’hui dans l’entreprise, Alain Bourrel poursuit à 71 ans son métier avec passion. L’explication n’est pas difficile à trouver, qu’il énonce lui-même lorsqu’on l’interroge sur les chantiers dont il s’occupe : « Quand le client est satisfait, je suis heureux. J’aime me rendre sur les chantiers et voir l’avancement des travaux ».
Sa femme et lui ont acheté leur maison à Bricqueville sur mer en 1976 et ont mis plusieurs années à la rénover. Les travaux ont commencé en 1980… et il y a toujours des aménagements nouveaux à y faire.
Ses temps libres lui permettent de participer à la fête de la mer de Bricqueville. Il occupe souvent ses samedis et dimanches matin à ce qu’il appelle avec humour une « distraction » : les devis, les factures et les innombrables formalités et papiers administratifs liés à son activité professionnelle.
Un autre jardin secret : une Citroën 2CV qu’il remet en état et bichonne avec soin.
Le gout du projet et de la réalisation est solidement vissé en lui.
